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Enthousiasmée
par les œuvres de Will Eisner, Joann Sfar, Marjane Satrapi, Hugo Pratt ... et
tant d’autres merveilleux conteurs en « images », j’avais écrit un
Pourim Shpill, avec l’intention bien arrêtée d’en faire une bande dessinée.
Mais
au premier coup de pinceau, dès la première page… première vignette, ma
peinture s’est insurgée. D’une façon toute épidermique, elle a refusé de se
laisser mener par le bout du nez de mon crayon. « Libre, je suis et
je suis de la Peinture ! » a t-elle murmuré énergiquement dans mes
oreilles.
Elle
a lutté contre moi, contre mes folles idées de dessinateur. Elle s’est battue
légitimement comme une reine à qui l’on chercherait à lui ravir sa couronne.
Mais elle a trouvé en moi, par-devers moi, sa meilleure alliée ainsi que ma
bénédiction la plus entière.
Très
vite, les couleurs ont débordé de leurs cadres, jusqu’à les renverser, jusqu’à
les anéantir. Des tableaux petits et grands ont fleuri sur la trame du texte
planant au-dessus, ne l’illustrant pas mais l’accompagnant à travers une
histoire parallèle. Et c’est ainsi que cette bande dessinée sur Esther est
devenue – non pas « une bande-peinte » mais un Album comme me l'a soufflé
Anne, cet Album d’Esther.
Esther,
pourquoi cette reine juive de la Perse antique a t-elle retenu toute
l’attention de mon travail ? Esther, elle était femme, juive et reine.
Elle était reine d’une Perse antique qui gouvernait le monde. Tout le destin du
peuple d’Israël, dans un lieu précis – celui de son premier exil – dans un
temps donné et dans un contexte particulier, était suspendu à ses agissements,
à sa position auprès du roi Assuérus. D’elle allait dépendre la survie et
l’avenir de tout le peuple d’Israël. Ce retournement complet du sort, c’était
son œuvre, l’œuvre d’une femme réceptive aux paroles du juste Mardochée.
Il
n’existe pas de plus grand message d’espoir que le pouvoir de conjurer le
destin. Mieux que d’être désamorcé, il a été renversé. Il ne s’agit pas de
résistance mais d’inversion d’une situation désespérée et sans plus aucune
issue à un véritable triomphe. L’histoire de Pourim est l’histoire d’un miracle
qui n’est pas « surnaturel » et qui provient de l’action des hommes.
Pourim est ce pouvoir en l’homme de créer des miracles…
Esther,
cette somptueuse andalouse d’avant l’heure, reine de Perse et première marrane
du peuple hébreu, porte dans la racine de son nom les lettres du secret
(samekh, teth, rech) qui est l’emblème des juifs de la dispersion. Esther
incarne l’attitude de notre peuple en exil préconisé dans le Midrach
Rabba : « Va mon peuple, entre dans tes chambres, ferme tes portes
sur toi. Cache-toi un tout petit instant jusqu’à ce qu’ait passé la fureur
(Isaïe 26 :20) ».
Pourim…
il se trouve que cette fête juive de la diaspora est extrêmement fêtée en
Israël. Elle fait la joie de tous les enfants à l’échelle d’un pays tout
entier. Cet essaim de déguisements en tous genres et de toutes les couleurs,
dans chaque rue, chaque maison pour chaque enfant est unique au monde et c’est
un vrai régal pour la palette d’un peintre. Ce déploiement d’imagination
créatrice de la part des parents et des enfants, en un jour, est inénarrable.
Pourim
n’est ni une fête laïque comme le carnaval de Venise ou celui de Rio… ni une
fête « religieuse ». Pourim est la manifestation visible d’une joie
pleine poussée jusqu’à l’ivresse. C’est la fête de la joie, de même qu’il
existe la fête des lumière (Hanouka), la fête de la délivrance (Pessah)…